Jeanne Brun
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5 questions à Jeanne Brun, directrice du musée Zadkine

Chaque semaine les directeurs des musées de la Ville de Paris sont invités à présenter leur musée en 5 questions/réponses. 

Cette semaine c'est Jeanne Brun, directrice du musée Zadkine qui nous parle de son parcours, de son musée et de ses collections.

Comment est née votre passion pour l'art ?

J’avais à côté de chez moi un théâtre et une salle d’exposition – aujourd’hui une scène nationale et un centre d’art – La Ferme du Buisson. Les pièces de Bernard-Marie Koltès, au collège, plus tard Olivier Py et son Apocalypse joyeuse, par exemple : ces découvertes semblent loin des musées, mais c’était en réalité une brèche du même ordre dans le quotidien, une expérience extraordinaire au sens strict, une rencontre avec quelque chose qui m’était étranger.

Pour moi l’art est l’affaire de cette rencontre, en partie déterminée, et en partie intime : j’aime à penser que nos musées sont encore des lieux qui la rendent possible.

La Ferme Buisson

La Ferme Buisson

Une anecdote à nous raconter sur le musée Zadkine ?

Tous les visiteurs du musée ressentent, en déambulant dans les salles ou le jardin, une atmosphère particulière. C’est l’esprit des lieux qui s’exprime, et qui avait déjà saisi Zadkine en 1928, lorsqu’il s’y était installé : la poésie d’une maison et d’un atelier préservés de l’agitation de la ville, où son imagination était et est demeurée reine :

« Je suis comme transplanté et ne sais pas encore si c’est vrai ! Viens voir ma folie d’Assas et tu comprendras que la vie d’un homme peut être changée à cause d’un pigeonnier, à cause d’un arbre », écrit-il alors à un ami.

Zadkine assis dans une chaise longue

Zadkine assis dans une chaise longue, rue d'Assas, dans les années 30.

"Les Deux Soeurs" dans le jardin de la rue d'Assas, vers 1935

"Les Deux Soeurs" dans le jardin de la rue d'Assas, vers 1935

Vue du musée Zadkine

Vue du musée Zadkine, © Ferrante Ferranti

Quelle est votre œuvre préférée dans votre musée ?

La « Cariatide » dans l'atelier de la rue d'Assas

La « Cariatide » dans l'atelier de la rue d'Assas, Marc Vaux, 1930

Difficile de n’en choisir qu’une ! Celle qui me touche singulièrement peut-être parle d’une histoire partagée entre Zadkine, l’équipe du musée, et désormais tous ses visiteurs. Il s’agit d’une Cariatide des années 1920, qu’on pensait perdue, mais dont 6 fragments ont été retrouvés en 2005 dans le grenier de la maison.

C’est une belle histoire de patrimoine, qui condense des temps différents : celui de la création de l’œuvre, dont les qualités plastiques sont toujours perceptibles ; celui du vivant de l’artiste, qui aimait à voir ses sculptures de bois évoluer dans son jardin ; celui du musée, qui garde ainsi trace d’une vision si singulière de la création.

Quelle est la prochaine exposition que l'on pourra découvrir au musée Zadkine ?

La prochaine exposition, prévue pour le mois de novembre 2020, s’intitule « Chagall | Zadkine | Trajectoires croisées ».  Elle rassemblera près de soixante œuvres, tant peintes que sculptées, de ces deux artistes.

La proximité de l’œuvre de ces deux figures éminentes de l’art du XXe siècle est très forte mais n’avait jamais été étudiée. Les œuvres de Chagall constituent pourtant une clef déterminante de compréhension de la singularité de celles de Zadkine et aident à en cerner les composantes qui, se mêlant aux accents d’avant-garde, y infusent secrètement.

Marc Chagall à Saint Pétersbourg

Marc Chagall à Saint Pétersbourg, le 17 juin 1910 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Zadkine avec son chien sur ses genoux

Zadkine avec son chien sur ses genoux, Marc Vaux,1914

Votre occupation favorite pendant la fermeture des musées ?

Quand je ne travaille pas, quand je ne fais pas l’école à la maison, et comme les musées me manquent, je construis avec mes enfants des tableaux vivants reproduisant les grandes œuvres de l’histoire de l’art : c’est le #GettyMuseumChallenge !

 

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