Les Impressionnistes à Londres : le parcours de l’exposition

Avant de visiter l'exposition "Les Impressionnistes à Londres", jusqu'au 14 octobre 2018 au Petit Palais, consultez le parcours de l'exposition et découvrez le récit de ces artistes exilés outre-Manche.

 

Après la guerre franco-allemande de 1870 et l’insurrection de la Commune, de nombreux artistes français se sont réfugiés à Londres. C’est notamment le cas de Monet, Pissarro, Sisley, Tissot ou Legros.

Ces artistes vont, malgré leurs différences sociales et politiques, leurs diverses sensibilités artistiques, vont former une communauté d’exilés.

En suivant un fil chronologique, l’exposition « Les Impressionnistes à Londres », présentée au Petit Palais jusqu’au 14 octobre 2018,  revient sur le parcours de ces artistes exilés en Angleterre.

L’occasion ici d’avoir un petit avant-goût de ce voyage qui fut enrichissant pour chacun d’eux, mais aussi pour le paysage artistique britannique.

 

Salle 1 : 1870-1871 : Paris en guerre, Paris en ruine

Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875). "Le Rêve © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875). "Le Rêve
© Musée Carnavalet / Roger-Viollet

 

L’exposition « Les Impressionnistes à Londres » débute sur les raisons qui ont poussé nos artistes à venir s’installer à Londres : la défaite de la France pendant la guerre franco-allemande de 1870.

Petit rappel historique : malgré la capitulation de l’Empereur après la défaite de Sedan, les combats se sont poursuivis jusqu’à ce que l’armée prussienne commence à attaquer Paris le 19 septembre 1870 : c’est le siège de Paris. La population subit alors pendant plusieurs mois l’épreuve d’une guerre d’attente aggravée par les rigueurs d’un hiver froid, de privations alimentaires et de bombardements.

L’armistice est signée le 26 février 1871 et l’Allemagne annexe l’Alsace et une partie de la Lorraine. Une décision insupportable pour les Parisiens qui s’insurgent contre le gouvernement français : c’est la proclamation de la Commune de Paris.

En mai 1871, les armées gouvernementales mettent fin à cette insurrection parisienne : on ne compte pas moins de 20000 victimes et des grands monuments incendiés. C’est la semaine sanglante.
A travers une série d’œuvres, cette salle met en lumière cet épisode difficile de l’histoire de la capitale.

 

Salle 2 : l’arrivée à Londres

Claude Monet, Hyde Park, 1871, Huile sur toile. Museum of Art, Rhode Island School of design, Providence, don de Mrs Murray S. Danforth.Photographie par Erik Gould. © Courtesy of Museum of Art, Rhode Island School of design, Providence

Claude Monet, Hyde Park, 1871, Huile sur toile. Museum of Art, Rhode
Island School of design, Providence, don de Mrs Murray S. Danforth.Photographie
par Erik Gould. © Courtesy of Museum of Art, Rhode Island School
of design, Providence

 

Après un dispositif numérique, basé sur  « Marine, effet de nuit » de Claude Monet, qui représente la traversée de la Manche, cette salle décrit l’arrivée des artistes français à Londres.

Londres est une ville immense dont la population croît à une vitesse phénoménale. Cette croissance est en grande partie due à la migration de travailleurs depuis toute l’Angleterre et l’Irlande : la capitale s’impose comme le plus grand centre industriel de l’Europe. L’Angleterre victorienne offre un refuge attractif aux exilés qui arrivent de France pour des raisons économiques ou politiques. La liberté d’opinion, l’indépendance de la presse et l’absence de contrôle douanier permettent à tout étranger de rejoindre l’Angleterre et de s’y installer. La proximité géographique avec la France ainsi que le rôle économique de l’Empire britannique font de Londres une base idéale.

Claude Monet a trente et un ans lorsque la Guerre est déclarée, il gagne Londres à la mi-septembre 1870.

 

 

Salle 3 : Le cercle des futurs impressionnistes

Camille Pissarro, Kew Green, 1892, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris, en dépôt au musée des Beaux-Arts de Lyon, legs de Clément et Andrée Adès, 1979. © Lyon, MBA - Studio Alain Basset

Camille Pissarro, Kew Green, 1892, huile sur toile, Musée d’Orsay,
Paris, en dépôt au musée des Beaux-Arts de Lyon, legs de Clément et
Andrée Adès, 1979. © Lyon, MBA - Studio Alain Basset

 

Cette troisième salle présente les œuvres de Monet, Pissarro et Daubigny , trois artistes qui constitueront le cercle des futurs impressionnistes.

Avec son marché d’art prospère, Londres offrait une destination attractive pour les artistes en exil. Le paysagiste Charles-François Daubigny fit la connaissance de Paul Durand-Ruel qui a ouvert une galerie sur New Bond Street. Cette galerie devint une base de diffusion de la peinture française, en particulier pour l’école de Barbizon.

Arrivé en automne 1870, Monet ne peignit que six vues des parcs londoniens et de la Tamise. Ses œuvres sont considérées trop en décalage avec la scène artistique anglaise et ne correspondaient pas aux attentes du marché de l’art anglais. Découragé, Monet quitta Londres en 1871, malgré les encouragements de Daubigny.

Camille Pissarro retrouvait à Londres des parents proches et fréquentait le quartier français entre Soho et Leicester Square. Il épousa sa femme le 14 juin 1871.

 

Salle 4 : L’exil économique de Carpeaux

Jean-Baptiste Carpeaux, Flore, 1873, Museu Calouste Gulbenkian, Founder’s Collection, Lisbonne. © Calouste Gulbenkian Foundation, Lisbonne. Photo : Carlos Azevedo

Jean-Baptiste Carpeaux, Flore, 1873, Museu
Calouste Gulbenkian, Founder’s Collection, Lisbonne.
© Calouste Gulbenkian Foundation, Lisbonne.
Photo : Carlos Azevedo

 

Cette quatrième salle présente les œuvres de Jean-Baptiste Carpeaux, qui échappa aux rigueurs du siège de Paris pour se réfugier en Angleterre, de mars à décembre 1871.

Le sculpteur tenta de trouver de nouvelles commandes en exposant annuellement à la Royal Academy et en participant à des ventes chez Christie’s. Le sculpteur fit également le portrait d’artistes célèbres, des amis français exilés comme lui (Jean-Léon Gérôme ou le composteur Charles Gounod) ou des commanditaires anglais (lord Ashburton ou Henry James Turner, mécène de Gérôme ou Tissot).

 

Salle 5 : James Tissot, l’anglophile

James Tissot, La Galerie du «HMS Calcutta» (Portsmouth), vers 1876, huile sur toile, Tate, Londres, don de Samuel Courtaud en 1936. © Tate 2018. Photo : Lucy Dawkins et Samuel Cole

James Tissot, La Galerie du «HMS Calcutta» (Portsmouth), vers 1876, huile sur toile,
Tate, Londres, don de Samuel Courtaud en 1936. © Tate 2018. Photo : Lucy Dawkins et
Samuel Cole

 

Cette 5ème salle présente les œuvres de James Tissot (1836-1902), ce peintre dandy de la vie citadine, de son vrai prénom Jacques Joseph, qui vécut onze ans en Angleterre et qui connu un franc succès.

Ses peintures réalisées en Angleterre démontrent l’adaptation du style de Tissot à un public friand de scènes de genre.

Ses représentations méticuleuses de la vie contemporaine offrent un point de vue nuancé d’ironie sur les rituels sociaux de l’Angleterre.

Peintre de la vie citadine, Tissot accorde une grande importance à la mode et aux règles complexes de l’étiquette imposée par la haute société.

Son succès commercial se prolongea après son retour en France, en 1882.

 

Salle 6 :

Alphonse Legros, un peintre au cœur de la communauté française

Alphonse Legros, Portrait d’Auguste Rodin, 1882, huile sur toile, Musée Rodin, Paris. © Musée Rodin

Alphonse Legros, Portrait d’Auguste Rodin, 1882,
huile sur toile, Musée Rodin, Paris. © Musée Rodin

Cette première partie de la sixième salle présente quelques œuvres d’Alphonse Legros. Legros était déjà parti s’installer à Londres avant la guerre pour des raisons économiques, conseillé par Whistler en 1863.

Il fut accueilli par des peintres préraphaélites Rossetti, Watts et Burne-Jones et devint le principal recours pour ses compatriotes étrangers après 1870, dont Monet, Pissarro ou Tissot qu’il introduisit à son réseau anglais. Legros aida également Dalou et Rodin pour atteindre le marché londonien.

Il devint professeur à la South Kensington School of Art puis à la Slade School of Fine Art et transmis son enseignement de dessin, peinture, gravure et modelage.

 

Jules Dalou ou l’art du modelage

Jules Dalou, Paysanne française allaitant, 1873, terre cuite. © Victoria and Albert Museum, Londres

Jules Dalou, Paysanne française
allaitant, 1873, terre cuite. © Victoria
and Albert Museum, Londres

 

La deuxième partie se concentre sur le parcours du sculpteur et ancien communard Jules Dalou, qui fut contraint de rejoindre Londres pour une durée de huit ans.

Bien accueilli par ses confrères anglais, Jules Dalou exposa en 1872 à la Royal Academy, Le Jour des rameaux à Boulogne, une statuette en terre cuite. Ce fut la première d’une série d’œuvres à succès.

Les sujets modelés par Dalou étaient liés à la sphère intime. Ses commanditaires voyaient en lui un artiste dans la tradition des sculpteurs du XVIIIe français. Sa maitrise du modelage, et l’alliance de réalisme et de charme qui caractérisait ses œuvres anglaises ont marqué une génération d’étudiants.

Salle 7 : Portraits croisés

Les portraits réunis dans cette salle sont le fruit des échanges entre artistes. Ils témoignent des réseaux de solidarité qui les ont unis durant leurs séjours à Londres ; dont notamment Legros qui fit bénéficier son réseau à de nombreux artistes français exilés.

Ou le marchand Paul Durand-Ruel qui possédait son propre réseau de galeristes et de clients à Londres et fit connaître les peintres français avec ses expositions de la « Society of French Artists »

Vous pourrez notamment y découvrir une carte interactive de Londres sur laquelle sont indiqués les lieux représentés par les artistes français exilés outre-Manche.


Salle 8 : Pissarro et Sisley

Alfred Sisley, Le Barrage de Molesey, Hampton Court, effet du matin, 1874, huile sur toile, Scottish National Gallery, Edimbourg. © National Galleries of Scotland. Photo : Antonia Reeve

Alfred Sisley, Le Barrage de Molesey, Hampton Court, effet du
matin, 1874, huile sur toile, Scottish National Gallery, Edimbourg.
© National Galleries of Scotland. Photo : Antonia Reeve

 

Cette  huitième salle montre différentes œuvres représentant le paysage anglais vu par les peintres Pissarro et Sisley.

Pissarro, Sisley et Monet ont participé à l’exposition parisienne durant laquelle le terme « impressionniste » est né, un terme qui fut utilisé par les partisans d’une peinture lisse prônée par les maîtres académiques français.

Ces séjours à Londres ont permis de renforcer le travail de la peinture en plein air chez les impressionnistes. Les lieux choisis étaient ceux fréquentés par les nouveaux citadins en quête de loisirs.

 

Salle 9 : Monet et la Tamise

Claude Monet, Le Parlement de Londres, vers 1900-1901, huile sur toile. The Art Institute, Chicago. Mr and Mrs Martin A. Ryerson Collection. Photo © The Art Institute of Chicago

Claude Monet, Le Parlement de Londres, vers 1900-1901, huile
sur toile. The Art Institute, Chicago. Mr and Mrs Martin A. Ryerson
Collection. Photo © The Art Institute of Chicago

Cette 9ème salle expose la série des vues du Parlement peints par Monet de la fenêtre de sa chambre du Savoy Hôtel.

Monet avait peint le palais de Westminister pour la première fois en 1871. En 1900, l’année de ses soixante ans, Monet voulut reprendre des sujets sur lesquels il avait autrefois travaillé « pour résumer en une toile, parfois deux, [ses] impressions et [ses] sensations du passé.

Conservant le même point de vue d’une toile à l’autre, l’artiste s’attache à capter les infinies variations de la lumière si particulières, à la jonction du fleuve et du ciel.

 

Salle 10 : Derain à Londres, hommage et défi

Cette dernière salle expose l’hommage du peintre fauve André Derain à Monet en choisissant les mêmes motifs sur les bordes de la Tamise tout en défiant son maître.

Il écrivit notamment à Maurice de Vlaminck à propos de ces vues de la Tamise : « En dépit de tout, je l’adore, à cause de son erreur même qui m’est un enseignement précieux. Mais en somme, n’a-t-il pas raison de rendre avec sa couleur fugitive et peu durable, l’impression naturelle qui n’est qu’une impression ? Moi je cherchais autre chose, ce qui, dans la nature, au contraire, a du fixe, de l’éternel, du complexe ».

Le défi est lancé à son maître en développant sa propre expression et en proposant à son tour une image radicalement nouvelle de Londres.

 

Exposition "Les Impressionnistes à Londres"

Au Petit Palais, du 21 juin au 14 octobre 2018
Avenue Winston Churchill 75008 Paris


Musée : Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris