Paysage de Provence Paul Guigou
Actualité

Quand l’été s’invite dans nos collections

L’été s’invite dans nos collections, peuplées de visions estivales, de paysages lumineux et de baignades. Suivez le guide en 10 œuvres !

Des maillots de bain et chapeaux Christian Dior photographiés par Henry Clarke

Commençons avec les collections du Palais Galliera, dont l’intérêt pour la mode et ses archives nous guident vers cette image de 1954, immortalisée par un grand nom de la photographie : l’Américain Henry Clarke (1918-1996). Deux modèles aux visages savamment dissimulés derrière deux grands chapeaux s’opposent : l’une décline le blanc, l’autre le noir, dans une même tenue de plage. Leurs maillots de bain signés Christian Dior sont sans bretelles et équipés d’une courte jupe à plis creux. Féminins et élégants, certes, mais peu pratiques…

Henry Clarke maillots de bain Christian Dior

Trois baigneuses signées Paul Cézanne

Peinte entre 1879 et 1882, cette toile du Petit Palais inscrit dans une composition triangulaire trois femmes nues, sur le point de se baigner, se séchant ou s’immergeant. Le thème est, pour Paul Cézanne (1839-1906), ultra-classique : il a consacré plus de deux cents travaux aux baigneurs et aux baigneuses ! Ici au nombre de trois, elles évoquent les Trois Grâces et charment le regard par la sensualité de leurs gestes, passant la main dans leurs cheveux, tenant une serviette sans se cacher derrière elle, caressant l’eau du bout des doigts… Il y a toutefois chez Cézanne une raideur, une façon de peindre des corps massifs, qui épargne à la scène toute mièvrerie.

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Des Jeux sur la plage par Marcel Gromaire

Épris des paysages marins et familier des rivages, le peintre Marcel Gromaire (1892-1971) propose dans le tableau "Les jeux sur la plage" (1927) une évocation de l'aspiration aux loisirs, plus 10 ans avant la création des congés payés.

La composition est d'une grande rigueur, et l'agencement est très structuré. Tout ici s'organise en forme plastique, et non en anecdotes, se distinguant de l'exercice traditionnel des scènes de plage bourgeoises, auquel Gromaire tiens précisément à échapper.
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Cette toile du Musée d'Art Moderne de Paris est présentée en ce moment dans l'exposition "Marcel Gromaire : L’élégance de la force", jusqu'au 20 septembre au musée La Piscine à Roubaix.
 

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Avec les enfants du Bassin du jardin des Tuileries de Roger Schall

Il aimait les formats carrés : Roger Schall (1904-1995), photographe de mode mais pas que, immortalise ici des enfants parisiens jouant avec un petit bateau sur l’eau du bassin des Tuileries. Adorable ? Oui, mais surtout éloquent : la courbe du bassin structure l’image, et lui donne toute sa tendresse. Au loin, l’horizon légèrement penché témoigne du geste rapide du photographe, qui se saisit de son appareil pour, vite, immortaliser la scène. Penchés autour du bassin, les garçons rieurs semblent prêts de tomber dans l’eau, et s’accordent parfaitement bien avec ce cadrage rapide !

Bassin du jardin des Tuileries Roger Schall

En cas de grosse chaleur : un éventail en ivoire ajouré

Très chic et orné des initiales "C.S", cet éventail a pu appartenir à la sculptrice Cornélia Scheffer-Marjolin ou à Cornélie Scheffer-Renan, femme de l’écrivain Ernest Renan. Conservé au musée de la Vie romantique, il est constitué de vingt-et-une fines plaquettes d'ivoire, reliées au bas du manche par une petite vis décorée de deux brillants. Le tout relié par un ruban jaune... Un éventail si délicat qu’on hésiterait avant de s’en emparer pour le secouer devant son visage !

éventail

Allons cueillir des bleuets avec Charles Landelle

Les Bleuets, Landelle Charles-Zacharie

Paris Musées/Maison de Victor Hugo - Hauteville House

Né en 1821 et mort en 1908, le peintre Charles Landelle s’est notamment illustré par ses portraits et ses toiles orientalistes. Très admiré par Napoléon III, il livre ici une vision charmante, peinte vers 1882 et conservée à la Maison Victor Hugo. Deux jeunes filles, l’une assise, l’autre saisie dans son mouvement, respirent et cueillent de petits bouquets de bleuets, au milieu d’un champ de blé. La peinture illustre le poème éponyme de Victor Hugo, Les Bleuets (dans Les Orientales) :

« Tandis que l'étoile inodore

Que l'été mêle aux blonds épis,

Emaille de son bleu lapis

Les sillons que la moisson dore,

Avant que, de fleurs dépeuplées,

Les champs aient subi les faucilles,

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés ! »

Goûter le plaisir délicat d’une baigneuse de Johann Anton de Peters

Cette délicate baigneuse à la peau de porcelaine de Johann Anton de Peters (1725-1795) est exposée au Musée Cognacq-Jay. Le décor de marches de pierre et de draps soyeux aux plis savamment désordonnés donne l’impression d’un agencement théâtral et pensé jusque dans ses moindres détails – et non d’une baignade estivale saisie dans sa spontanéité. Avec tout du charme un peu figé de l’art du XVIIIème siècle…

La Baigneuse Johann Anton de Peters

Souffrir de la chaleur avec Daumier

Chaleur Honoré Daumier

C’est le génie du caricaturiste Honoré Daumier (1808-1879) : saisir avec humour des comportements humains caractéristiques – qui nous parlent même aujourd’hui ! On rit de ce dessin parfait, qui impose à ces trois protagonistes (dont un chien tout aussi accablé) une chaleur de trente-deux degrés !

Dans la Provence de Paul Guigou

Il est né dans le Vaucluse, a fait ses premiers dessins à Apt, été clerc de notaire à Marseille : c’est donc tout gonflé de Provence et de soleil que Paul Guigou (1834-1871) arrive à Paris, bien décidé à suivre son goût pour l’art. Il y devient ami de Monet, de Bazille et de Sisley. Discret, mort à trente-sept ans, il reste méconnu du grand public malgré de très beaux paysages, qui dépeignent majoritairement les paysages de la Haute-Provence qu’il connaît bien et où il retourne chaque été. En témoigne cette vue de 1867 : une route caillouteuse qui file vers les monts bas, un champ roux et quelques arbres feuillus… On croirait entendre les cigales, sentir la lavande et voir, au loin, Jean Giono écrire quelques lignes !

Paysage de Provence Paul Guigou

Un dessin de Carven pour savoir comment être élégant

Carven Maillot de bain

Leçon 1 : utilisez les ballons comme accessoires de mode, et non pour un jeu de plage.

Leçon 2 : arborez un bronzage parfait.

Leçon 3 : oubliez tout ça et laissez-vous séduire par les superbes dessins de la maison Carven, qui donnent le ton de l’été 1951 avec ce maillot intitulé « Flop de Mayo ». Conservés au Palais Galliera, ces dessins nous rappellent surtout qu’avant d’être rachetée par le groupe chinois Icicle, Carven était l’œuvre de la couturière Carmen de Tommaso (1909-2015), qui l’a fondée en 1945. Ici se dévoile son talent et sa modernité, dans un étonnant bikini blanc et brun.